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Le Château Gaillard Suite |
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2- Les ruines! |
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Château Gaillard est une forteresse médiévale en ruine qui se situe au cœur du Vexin normand, à 100 km de Paris sur la commune des Andelys (Eure). Il constitue un morceau d'histoire de France qui domine la vallée de la Seine, mêlant Richard Cœur de Lion et les rois maudits en haut d'une falaise de calcaire. Château-Gaillard a plus de 800 ans. Il devrait son nom à Richard Cœur de Lion qui, le voyant achevé, aurait dit « Que voilà un château gaillard ! ». Classé aux monuments historiques depuis 1862. la Normandie à la fin du XIIe siècleLa construction de la forteresse s'inscrit dans la lutte que se livrent depuis les années 1060 les rois de France et les rois d'Angleterre, alors maîtres de la Normandie. En 1189, Richard Ier dit Richard Cœur-de-Lion hérite des couronnes de son père Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre et duc de Normandie. Le roi Philippe II de France, jusque là allié de Richard, s'éloigne de lui. Ils partent toutefois ensemble dès l'hiver 1190-1191 pour la Terre sainte. Mais après quelques mois, Philippe Auguste retourne dans son royaume et profite de l'absence de Richard pour entamer la conquête de la Normandie. Dès son retour, le roi d'Angleterre entreprend avec énergie de récupérer la suprématie sur la frontière orientale de son duché de Normandie. Après avoir battu l'armée du Capétien à Fréteval près de Vendôme, il conclut un traité de paix avec son rival en 1196. Richard consent notamment à la perte de plusieurs places fortes parmi lesquelles Gaillon et Vernon. La frontière orientale du duché est du coup fragilisée. Le roi d'Angleterre doit construire une nouvelle forteresse pour barrer la route de la Seine à la prochaine offensive des Français. Le site des Andelys lui apparaît idéal. Un château né d'une usurpation et d'une infractionLe choix des Andelys par Richard pose un double problème : d'une part, le lieu appartient à l'archevêque de Rouen ; d'autre part, le roi d'Angleterre n'a pas le droit de fortifier l'endroit selon les termes du traité de 1196. Mais, il n'a pas le choix s'il veut défendre la vallée de la Seine. Il passe donc outre les oppositions. Ce qui lui valut les foudres de l'archevêque Gautier de Coutances. Finalement, un compromis fut conclu en octobre 1197 : Richard offrit au prélat plusieurs terres ducales contre la possession des Andelys. L'échange était particulièrement favorable à l'Église. Le site.Richard installe le château sur un éperon rocheux dominant la Seine d'environ 90 mètres. Le site n'est toutefois pas l'endroit le plus haut du secteur puisqu'au sud-est s'étend un plateau qui le domine de 50 mètres. Le système défensif dépassait de loin la seule forteresse que nous voyons aujourd'hui et bloquait littéralement le fleuve. Au pied du château, le bourg fortifié de la Couture (embryon du Petit Andely) avait été créé. De là, un pont enjambait la Seine et prenait appui sur une île fluviale qui accueillit un petit château polygonal (le château de l'île). Quelques centaines de mètres en amont du fleuve, une triple rangée de pieux empêchait la descente des navires (l'estacade). Deux mottes castrales servaient d'avant-postes : la tour de Cléry sur le plateau et celle de Boutavent dans le vallée. Au centre, poste d'observation magistral et imprenable, le Château-Gaillard (appelé aussi château de la Roche / de la Roque en normand). L'ensemble avait pour vocation de verrouiller la boucle de la Seine en amont de Rouen en cas de danger. L'architectureCet aspect est assez bien connu grâce aux multiples fouilles et aux comptes de l'Échiquier de Normandie.Pressée par l'imminence d'un retour de la guerre, la construction du château prend moins de deux ans et en 1198, les travaux sont achevés. Le résultat impressionna les contemporains. D'où le commentaire prêté à Richard Cœur de Lion : « Comme elle est belle ma fille d'un an ». Château Gaillard est en pierre. Il s'en distingue par la complexité de son plan. Le château ne ressemble pas aux forteresses construites ou améliorées dans la première moitié du XIIe siècle, par le roi Henri Ier. Ces dernières se présentaient généralement sous la forme d'un grand rempart de pierre enfermant un vaste espace ; un donjon carré ou une porte fortifiée complétait le dispositif défensif. Château Gaillard s'organise en multiples volumes, emboîtés ou presque indépendants les uns des autres. L'objectif est clairement de multiplier les obstacles afin d'épuiser l'assaillant. Cette disposition permet également d'entraver la progression des machines et nécessite moins de défenseurs. Les différentes parties du château sont :
Pour l'archéologue Annie Renoux, Château Gaillard est « à la fois archaïque et novateur ». Archaïque par son assiette castrale, novateur par sa géométrie savante. Les érudits ont souvent expliqué que son architecture originale fut influencée par les châteaux syriens que Richard avait connus lors de la Troisième croisade. Cette origine est aujourd'hui discutée[8]mais il n'empêche que certains éléments sont modernes pour l'époque tels la muraille festonnée, le système de mâchicoulis sur arcs brisés portés par des contreforts inversés et le flanquement régulier des courtines par des tours circulaires. La fonction à la fois résidentielle et défensive du donjon sera une idée poursuivie par Philippe Auguste. Pour les contemporains, c'est une forteresse inexpugnable. Trois puits de 120 mètres (20 m sous le niveau de la Seine) sont creusés dans le sol calcaire, mais aussi de nombreuses caves destinées aux stockages des denrées nécessaires pour soutenir un long siège. Toutefois, de conception passive, Château Gaillard ne peut pas exercer une défense active. De plus, il était dominé au sud-est par un plateau où l'on pouvait installer des machines de guerre. Le siège de Château Gaillard.La Philippide, œuvre de Guillaume le Breton, nous renseigne principalement sur cet événement majeur dans l'histoire du château. Après la mort de Richard en avril 1199, son jeune frère Jean sans Terre lui succède sur le trône ducal. Philippe Auguste profite de ce changement de règne pour reprendre la conquête du duché de Normandie. Sous la pression du légat (Ambassadeur Italien) Pierre de Capoue, le Roi conclut un traité de paix le 22 mai 1200, connu sous le nom de traité du Goulet. Philippe Auguste conserve ses dernières conquêtes, notamment le Vexin Normand, à l'exception de Château Gaillard. Cette paix est rompue en 1202. Le roi reprend l'offensive et en août 1203, il s'empare de l'île d'Andely (avec son fort) et du bourg de la Couture, abandonné par sa population. Non loin, les Anglo-Normands abandonnent sans combat le château du Vaudreuil puis c'est au tour du château de Radepont de tomber. L'estacade est détruite, rendant la navigation sur la Seine possible. La route de Rouen est ouverte pour les Français. Donc, quand en septembre, Philippe entreprend le siège du château, la forteresse n'est plus si indispensable à prendre. Elle reste toutefois pour le roi de France un symbole (c'est le château de Richard Cœur de Lion) à abattre. Philippe Auguste entoure la forteresse d'un double fossé de circonvallation qu'il hérisse de 14 beffrois. Mais conscient du caractère redoutable de la place forte, le roi de France compte surtout sur un blocus qui affamera la garnison et la population retranchées à l'intérieur pour soumettre Château Gaillard. Roger de Lacy commande la garnison et se montre prêt à résister le temps qu'une armée de secours envoyée par Jean sans Terre le débloque. Pour préserver les vivres, les 1200 habitants de La Couture (Petit Andely), qui avaient trouvé refuge dans le château, en sont chassés en décembre. Les Français assiégeants les repoussèrent. Tassés dans la deuxième enceinte, exposés au froid de l'hiver, ils moururent de faim ; sinistre tableau peint par Tattegrain en 1894. Mais ce n'est pas la famine qui assure au roi de France la prise de Château Gaillard. Il tire parti des « erreurs dans la conception même de la forteresse, qui vont apparaître au fur et à mesure de la progression de l'assaut ». Les Français attaquent d'abord la grosse tour qui domine l'ouvrage avancé. Son écroulement oblige les défenseurs à se replier dans le château proprement dit. La légende voudrait que les Français soient entrés dans la basse-cour par les latrines. A la lumière du récit de Guillaume le Breton, ils se seraient introduits par l'une des fenêtres basses de la chapelle que Jean sans Terre avait fait construire bien mal à propos. Les assaillants débouchent dans la basse-cour tandis que les défenseurs s'enferment dans le donjon. Mais comme un pont dormant relie la basse-cour au donjon, les mineurs français n'ont pas de grandes difficultés à s'approcher de la porte. Un engin de jet l'enfonce finalement. La garnison comprenant 36 chevaliers et les 117 sergents ou arbalétriers se rend le 6 mars 1204. Le siège a coûté la vie à quatre chevaliers. Le champ est désormais libre au roi de France pour achever la conquête du duché de Normandie. Conquête facilitée par l'abattement moral chez les Anglo-Normands, consécutif à la chute de Château Gaillard. Le duché tombe entièrement en juin 1204. Destin de la forteresse et Les Rois mauditsEn 1314, deux des trois belles-filles de Philippe IV le Bel (1268-1314) furent enfermées à Château Gaillard après l'affaire de la tour de Nesle : Marguerite de Bourgogne, femme adultère du dauphin Louis de France, (futur Louis X dit « le Hutin ») et Blanche, épouse de Charles de France (3e fils de Philippe, futur Charles IV le Bel). La première y mourut tandis que la deuxième fut « autorisée » à se retirer au couvent de Maubuisson. La Guerre de Cent Ans.Durant ce conflit, le Château-Gaillard subit plusieurs sièges. Le 9 décembre 1419, il tombe aux mains des Anglais au bout de seize mois de siège et ce parce que la dernière corde nécessaire à la remontée de l'eau du puits s'était rompue. C'était la dernière place forte normande qui résistait encore au roi Henri V d'Angleterre. La Hire, compagnon de Jeanne d'Arc s'en empare en 1429. En 1430, la forteresse est de nouveau sous contrôle anglais. En 1449, Charles VIIen reprend possession. Époque modernePendant les guerres de religion, les Ligueurs s'enferment dans le château alors sous le commandement de Nicolas II De La Barre De Nanteuil. Henri IV s'en empare en 1591 après presque deux ans de siège. En 1595, les États de Normandie demandent au roi la démolition de l'édifice afin d'éviter qu'une nouvelle bande de soldats s'y retranche pour piller la région. Henri IV accepte. En 1603, les Capucins des Andelys sont autorisés à prendre des pierres pour la réparation de leur couvent. Autorisation donnée également sept ans plus tard aux Pénitents de la ville. Les deux communautés religieuses s'attaquent en priorité aux courtines de la basse-cour et de l'ouvrage avancé. La destruction est interrompue en 1611 puis reprise sous l'égide de Richelieu. Le cardinal ordonne l'arasement du donjon et de l'enceinte de la haute-cour. Ruines romantiquesEn 1852, Château-Gaillard est classé parmi les Monuments historiques. Il entre dans les guides touristiques vantant les ruines romantiques de la Normandie, au même titre que l'abbaye de Jumièges et les châteaux de Lillebonne, de Gisors ou de Tancarville. En 1885-1886, l'architecte G. Malencon, puis vers 1900, l'archéologue Léon Coutil, sont chargés de dessiner un relevé des vestiges. Plusieurs fouilles et sondages ont permis de mieux connaître le château. Si son plan est maintenant bien connu, il reste des incertitudes sur son histoire et sur l'origine de certains perfectionnements architecturaux. |